Rwanda – L’évolution du Parlement rwandais à travers les yeux des députés les plus anciens.

Rwanda – L’évolution du Parlement rwandais à travers les yeux des députés les plus anciens.

Rwanda – L’évolution du Parlement rwandais à travers les yeux des députés les plus anciens.

Les Rwandais se rendront aux urnes les 2 et 3 septembre prochain, afin de choisir leurs représentants au quatrième Parlement après la promulgation de la Constitution de 2003.

Le Parlement du Rwanda est arrivé à maturité.

Aujourd’hui, chaque membre possède une belle voiture, et travaille dans un bel immeuble doté de la technologie la plus moderne. Et les bureaux des Commissions Parlementaires expriment l’opulence.

Mais était-ce la même chose lorsque le Parlement a commencé en 1994 en tant qu’Assemblée Nationale de Transition ?

Certains des députés les plus anciens expliquent le long chemin parcouru par le Parlement pour être ce qu’il est devenu aujourd’hui.

Monsieur Juvénal Nkusi, 63 ans, est député depuis le 25 novembre 1994, date à laquelle l’Assemblée Nationale de Transition a tenu sa première séance.

Il a été le premier Président du Parlement post-Génocide, de 1994 à 1997. Aujourd’hui, l’homme politique chevronné préside le « Comité des Comptes Publics » (PAC) à la Chambre Basse.

Pour commencer, Monsieur Nkusi explique que le bâtiment du Parlement était en ruines à cause des impacts visibles du Génocide de 1994 perpétré contre les Tutsis. Le complexe a été lourdement bombardé par les forces gouvernementales de l’époque pendant le Génocide car il abritait un bataillon de 600 personnes de l’APR ,l’ancien mouvement rebelle qui avait été déployé pour protéger les politiciens du FPR qui allaient rejoindre un Gouvernement de transition, selon l’Accord de paix d’Arusha.



Après la fin du Génocide, en juillet 1994, la tâche la plus urgente pour instituer un Parlement était de nettoyer la salle des séances plénières afin de créer de l’espace pour les nouveaux membres du Parlement.

Il n’y avait rien à l’intérieur, pas de sièges, pas de tables, tout le monde devait improviser pour trouver un endroit où s’asseoir et légiférer, se souvient Monsieur Nkusi.

« A nos débuts au Parlement, chaque fois qu’il pleuvait, les membres étaient forcés de quitter leur siège et de chercher un endroit sec, hors de portée des fuites d’eau« , a déclaré Monsieur Nkusi, qui a rejoint la Chambre en tant que membre du Parti Social-Démocrate (PSD) qu’il représente toujours au Parlement jusqu’à ce jour.

Pour mener des sessions, le Parlement utilisait deux micros qu’il avait empruntés à « l’Office Rwandais de l’Information » (ORINFOR), l’Agence Rwandaise de Radiodiffusion.

L’un des microphones était placé au milieu de la salle des séances l’autre était réservé au Président de l’Assemblée.

Monsieur Nkusi a déclaré que le premier Parlement post-Génocide était composé de 70 députés d’horizons et de convictions politiques différents.

Les membres provenaient de toutes les organisations politiques (à l’exception de ceux qui avaient participé au Génocide contre les Tutsis), alors que six législateurs représentaient les nouvelles Forces Armées.

Nous avions donc, un parlement où se retrouvaient des gens qui étaient rentrés d’exil, d’autres avaient été des acteurs politiques à l’intérieur du pays, tandis que d’autres étaient des soldats qui avaient combattu dans la guerre de libération, précise Monsieur Nkusi.

« L’objectif principal était de tracer un chemin commun pour reconstruire le pays et instituer des lois nationales inclusives« , a-t-il déclaré.

« Vous pouvez imaginer un pays qui avait perdu plus d’un million de ses habitants, des milliers soignaient toujours des blessures mortelles, nous avions des orphelins partout, des veuves …« , ajoute-t-il.

De la nourriture au lieu d’un salaire.

Monsieur Nkusi explique qu’aider le pays à se relever et d’y rétablir la loi et l’ordre était la priorité numéro un de l’Assemblée Législative de Transition.

« La première loi que nous avons mise en place était une loi régissant les opérations du Parlement, elle visait à créer un ordre et des procédures basées sur des règles à la Chambre, l’idée était de faire en sorte que les députés se respectent entre eux et respectent les idées les uns des autres, et que les décisions devaient être prises suite à un vote « , dit-il.

Le premier Parlement post-Génocide a duré cinq ans.

Au cours de cette période, les opérations du Parlement étaient largement guidées par quatre instruments : la Constitution de 1991, l’Accord de Paix d’Arusha, la Déclaration du 17 juillet 1994 du triomphant FPR-Inkotanyi, et l’Accord des partis politiques représentés au Parlement.

« Plus l’outil juridique était récent, plus il était puissant. L’Accord des partis politiques a donc primé sur les autres instruments, puis la déclaration du FPR, puis le protocole d’Arusha et enfin la constitution de 1991 », explique-t-il

Les lois adoptées à l’époque par l’Assemblée Nationale de Transition visaient à résoudre les problèmes les plus urgents, à préparer le pays à la guérison et à la reconstruction et à améliorer le bien-être des populations, ajoute l’ancien Président de l’Assemblée.

« La plupart d’entre elles ont été conçues pour résoudre les problèmes de gouvernance nationale, les problèmes économiques et les problèmes de développement, ainsi que pour établir des structures de justice telles que la Haute Cour qui n’existait pas à l’époque« . Les Rwandais voulaient que justice soit rendue, en particulier ceux qui avaient survécu au Génocide contre les Tutsis.

La Chambre a également dû établir d’autres institutions nécessaires, telles que le « Rwanda Revenue Authority », le « Bureau de l’Auditeur Général », entre autres.

Madame Henriette Sebera Mukamurangwa, 58 ans, siège au Parlement depuis 1995. «Je me souviens du minibus qui nous ramenait chez nous. Pour que tous les députés puissent se rendre à la séance plénière de 15 heures, le premier député embarquait à 10 heures, tandis qu’après la plénière, la dernière personne était déposée au bout de trois heures », a-t-elle déclaré au New Times.



Interrogée sur la rémunération des membres du Parlement immédiatement après le Génocide contre les Tutsis, Madame Mukamurangwa a déclaré que le salaire mensuel était officiellement fixé à 60.000 Rwf (60 euros), mais qu’il venait irrégulièrement.

«Dans de nombreux cas, on a reçu des aliments plutôt que de l’argent comme salaire», se souvient-elle. « Nous n’avions rien pour la gestion des ressources humaines ou le département des finances« .

Monsieur Nkusi observe : « Aujourd’hui, le pays tire de l’argent des impôts, mais qui aurait payé alors des impôts? Plus d’un million de personnes venaient d’être tuées alors que d’autres avaient fui le pays et les coffres de l’État avaient été vidés.  »

De 8 femmes à un Parlement à prédominance féminine.

Lorsque Madame Mukamurangwa a rejoint l’Assemblée Nationale de Transition, elle est devenue la huitième femme à la Chambre.

Trois autres femmes se sont jointes plus tard pour augmenter le nombre de femmes parlementaires à 12. « C’est à ce moment que nous avons lancé le Forum des Femmes Parlementaires (FFRP). »

L’idée d’avoir des femmes dans les organes de prise de décision était celle du FPR, dit-elle. « Les femmes ont participé à la lutte de libération du FPR, y compris en tant que combattantes. »

« Ce ne sont pas tous les partis politiques qui comprenaient l’importance d’avoir un bon nombre de femmes au Parlement ou à d’autres postes de décision« , ajoute-t-elle.

Le rôle du FFRP était de plaider en faveur d’une plus grande représentation des femmes et d’un plus grand rôle dans les organes de prise de décision.

Nous l’avons fait en collaboration avec des organisations comme SEVOTA et Pro-Femmes Twesehamwe jusqu’à la promulgation de la constitution (2003), qui prévoyait un quota de 30% pour les femmes dans tous les organes de direction », explique-t-elle.

« Progressivement nos homologues masculins ont réalisé l’importance de notre présence ici. Par exemple, lorsque nous avons promulgué la loi punissant les crimes de Génocide, le viol a été classé dans la troisième catégorie, au même titre que le pillage et la destruction des biens, mais nous nous y sommes opposées et notre voix a été entendue ».

«Certains ne comprenaient pas pourquoi le viol était un crime mineur, mais ils nous ont écoutées et, finalement, le crime a reçu le poids qu’il méritait et a été placé dans la première catégorie».

La FFRP a également contribué à la promulgation de lois promouvant l’égalité des droits entre les filles et les garçons en matière de succession. « Même dans le mariage, une femme a le droit d’hériter de son mari et les filles ont des chances égales d’aller à l’école, entre autres. Tout cela a été accompli après un long processus d’explication à nos homologues masculins pour expliquer pourquoi c’était important « , ajoute-t-elle.

« Nous sommes heureuses que le Rwanda soit aujourd’hui un leader mondial en matière d’égalité des sexes ».

24 ans plus tard …

Aujourd’hui, les femmes constituent 64% de la Chambre Basse du Rwanda, la représentation féminine la plus élevée de tous les parlements du monde. « Il est intéressant de voir comment les choses ont changé radicalement, comment les gens ont changé d’état d’esprit sur la participation des femmes dans la prise de décision et le développement national … J’étais la 8ème femme au Parlement, maintenant je suis parmi 64%, Comprenez-vous la différence ? »a-t-elle déclaré.

Actuellement, dit-elle, «le Parlement a des sièges confortables, tout le monde a son propre micro, les membres n’ont plus à faire la queue pour parler dans un microphone, et chaque membre a un ordinateur», dit Madame Mukamurangwa.

« Notre Parlement est un exemple de la distance parcourue par le Rwanda au cours des deux dernières décennies ».

Aujourd’hui, le Rwanda a un Parlement bicaméral après que la constitution de 2003 ait créé le Sénat, à côté de la Chambre des députés, également appelée la Chambre Basse.

La Chambre des Députés, ou Chambre Basse, est composée de 80 sièges, dont 53 sont ouverts à tous ceux qui rejoignent la Chambre par suffrage universel (ces sièges ont été continuellement occupés par des organisations politiques qui présentaient des listes de leurs candidats préférés aux élections législatives, le parti qui recueillait au moins 5% du total des voix se garantissait une représentation à la Chambre Basse).

Vingt-sept autres sièges sont réservés à des groupes d’intérêts spéciaux, les femmes se classant en tête (24 sièges), tandis que deux places sont réservées aux jeunes, une place étant réservée aux personnes handicapées.

Commentant les élections législatives à venir, Monsieur Nkusi a déclaré que « les Rwandais doivent voter pour des candidats auxquels ils croient, ceux qui seront en mesure de faire de bonnes lois et qui les représenteront réellement.« 

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