Kagame : l’Afrique n’a pas besoin de baby-sitters.

Kagame : l’Afrique n’a pas besoin de baby-sitters.
Le président Kagame a eu une interview exclusive avec François Soudan de Jeune Afrique.

Kagame : l’Afrique n’a pas besoin de baby-sitters.

Le Chef de l’Etat a longtemps appris à ignorer la critique. Que ce soit la situation en RD Congo, les relations diplomatiques avec Paris ou depuis combien de temps il est au pouvoir, le Président de l’Union Africaine défend sa position et dénonce «ceux qui veulent lui donner des leçons».

Madame Ellen DeGeneres, animatrice de télévision, productrice et comédienne, est une icône aux États-Unis. Mais ce matin de mai, alors qu’elle et sa partenaire sortaient d’une longue réunion avec le Président Kagame au village d’Urugwiro, le bureau du Président, elle a avoué se sentir toute petite dans ses baskets blanches et ses jeans noirs. Comme beaucoup d’autres célébrités avant elle, Américaines et Britanniques, elle est devenue une ambassadrice de « Visit Rwanda », une campagne que maintenant Arsenal Football Club portera sur ses manches à partir d’août. Il n’y a aucun doute qu’à 60 ans, le leader du Rwanda n’a rien perdu de son charme.

Avec une voix douce qui donne à chacun de ses mots plus de poids, Monsieur Paul Kagame laisse une marque, impressionne, intimide, effraie, charme et balance les opinions, selon la façon dont on choisit de le voir. Pour cet homme, qui est arrivé au pouvoir après le Génocide contre les Tutsis qui a coûté la vie à 15% de la population rwandaise en cent jours, la démocratie concerne plus la santé, l’éducation, le développement et l’égalité de traitement que les sondages.

Le succès du Rwanda est évident : le pays a réussi à réaliser un progrès social maximal à partir de très peu de ressources. Les 98,7% avec lesquels il a remporté les dernières élections surprendront toujours ceux qui remettent encore en question cette unanimité dans un pays au pouvoir politique centralisé depuis le 16ème siècle. Monsieur Paul Kagame le sait et a décidé que ce n’était pas son affaire. Sa conviction est qu’il préside un pays avec un destin unique. Monsieur Kagame, qui est aussi le Président de l’Union Africaine, nous a reçus dans un salon de son bureau de Kigali, sobre, hyperactif, connecté technologiquement et respectueux de l’environnement.



Jeune Afrique : Lors de l’élection d’Emmanuel Macron, en mai 2017, vous avez dit à JA que l’attitude de la France vis-à-vis du Rwanda ne changerait pas tant que la France ne changerait pas son attitude envers l’Afrique en général. Et que si vous aviez un conseil à formuler pour le nouveau Président, ce serait pour faire face à l’histoire. Un an après, où sommes-nous ?

Paul Kagame : Ce n’est pas quelque chose qui peut changer du jour au lendemain. Cela nécessite tout un processus. Le fait que le Président Macron et moi-même nous sommes rencontrés plusieurs fois dans une année, avec chaque fois que des discussions fructueuses sur la sécurité et le développement à travers l’Afrique, des domaines dans lesquels la France a un rôle à jouer, est un développement important. Le président Macron a introduit une nouvelle ère à la fois chez nous et dans les relations de la France avec le reste du monde, y compris l’Afrique. Cela a aidé et a changé par rapport aux positions néo-coloniales dans le passé. Je n’ai aucune garantie mais cette nouvelle attitude est prometteuse et doit être encouragée.

Emmanuel Macron et vous avez, apparemment, décidé de laisser de côté les questions conflictuelles, en particulier l’enquête française sur l’attentat du 6 avril 1994, dont les conclusions sont encore pendantes et au sein de laquelle sept citoyens rwandais, dont votre Ministre de la Défense, James Kabarebe, sont mis en accusation depuis 2010. Une vraie réconciliation est-elle possible dans ces conditions ?

Notre position sur cette question est connue et le répéter une fois de plus ne nous donnera aucun résultat. Nos relations bilatérales vont dans la bonne direction, sans aucune publicité inutile et je veux croire que cela aidera à débloquer cet aspect spécifique. Cependant, cela ne signifie pas que nous n’accordons pas à cette question toute l’attention qu’elle mérite.

Par manque d’approbation de votre part, la France n’a pas eu d’Ambassadeur à Kigali depuis trois ans. N’est-il pas temps de combler ce vide?

Comme je l’ai dit, tout est connecté, y compris cela. Est-ce une question de semaines ou de mois ? Nous verrons. L’essentiel est que nous allions dans la bonne direction, ce qui est le cas.

Madame Louise Mushikiwabo, votre Ministre des Affaires Etrangères, est candidate au poste de Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, avec le soutien de la France, entre autres. Qui a eu l’idée de cette candidature ? Vous-même ?

Non. Pas spécifiquement. L’idée est venue d’un groupe de personnes d’horizons divers, préoccupés par l’avenir de la francophonie. En tant que Président d’un pays qui, malgré ses problèmes avec la France, n’a jamais cessé d’être membre de cette organisation, j’ai trouvé l’idée intéressante à considérer. Louise est une Africaine parlant couramment le français et l’anglais. Si la francophonie veut s’ouvrir à la diversité et aller au-delà de son cercle restreint de pays, elle est la candidate idéale.

L’élection aura lieu dans cinq mois à Evran, en Arménie. Avez-vous l’intention de demander l’aide de vos pairs ?

Louise Mushikiwabo a et recevra tout mon soutien, ainsi que celui des autres chefs d’Etat africains.

Pour ceux qui, notamment en France, continuent de vous voir comme un Tutsi anglophone venu d’Ouganda pour déstabiliser la zone d’influence francophone, cette candidature est une aberration …

Ce qui est aberrant, c’est de croire, en 2018, que le Rwanda appartient à quelqu’un d’autre que les Rwandais eux-mêmes. Les gens ou les lobbyistes dont vous parlez sont des otages de leur propre passé. Ce n’est pas à nous de les en libérer.

Où en êtes-vous dans le processus de réforme de l’Union Africaine que vous menez depuis deux ans ?

Mes pairs m’ont donné ce mandat avant même que je ne devienne le Président de l’Union, et le fait qu’ils aient reconnu la nécessité d’une réforme en profondeur était déjà un excellent point de départ. Mon travail depuis lors était simple : parler et écouter, prendre en compte leurs idées, avancer vers l’indépendance et restaurer la crédibilité de notre organisation.

L’indépendance est d’abord financière : le niveau des fonds collectés auprès des pays membres pour la prévention et la capacité d’intervention de nos forces de maintien de la paix n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui. De même pour les fonds dédiés à la réduction de la dépendance de la Commission de l’UA vis-à-vis de l’aide étrangère.

Ceci a été suivi par l’indépendance économique : la Zone de Libre-échange Continentale Africaine (AfCFTA) a finalement été signée en mars à Kigali. C’était une réussite historique.



Sauf que le Nigeria, la plus grande économie du continent refuse toujours de rejoindre …

Quoi qu’il en soit : 44 des 54 pays membres de l’UA ont déjà signé l’accord établissant l’AfCFTA. D’autres ont encore besoin de temps pour réfléchir et s’adapter, mais ils vont se joindre à nous. C’est dans leur intérêt et dans l’intérêt du continent auquel ils appartiennent

Vos méthodes de travail sont problématiques pour certains. Vous êtes accusé d’avoir manqué de consultations, d’avoir établi le secret entourant le comité de direction et d’avoir manifesté le désir d’agir rapidement. Pensez-vous que vous pouvez gérer une institution aussi politique et bureaucratique que l’UA de la même façon que vous gérez le Rwanda ?

Je suis bien sûr conscient de la nature très politique de l’UA. Mais le désir d’agir rapidement n’est pas une mauvaise idée, tant que nous ne faisons pas les choses de manière abrupte. À mon avis, aller lentement n’a jamais été une vertu. Pour le reste, je n’ai jamais cessé de communiquer, de produire des rapports, de tenir des réunions avec les dirigeants africains sur les questions de réforme. Chaque fois, c’était bien reçu. Si certains, après avoir approuvé, me critiquent derrière mon dos, ce n’est pas mon problème, c’est le leur. Cette grande réforme de l’UA n’est pas seulement l’affaire de Kagame, c’est l’affaire de chacun d’entre nous. Tout le monde devrait jouer son rôle.

En 1994, l’OUA de l’époque est apparue totalement passive lors du Génocide contre les Tutsis au Rwanda. Si un tel scénario devait se reproduire aujourd’hui, l’UA serait-elle bien placée pour intervenir ?

Je ne sais pas. Le monde est parfois un endroit étrange, et l’Afrique en fait partie. En 1994, ce n’était pas seulement l’OUA, c’était la communauté internationale entière qui nous a manqué. Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est de nous assurer que l’UA dispose de la capacité minimale requise pour agir et prévenir de tels événements.

La situation interne au Burundi reste très préoccupante. Que recommanderiez-vous en tant que Président de l’UA et en tant que voisin ?

Je n’ai pas de prescription spécifique à proposer au Burundi. Avant tout, il appartient aux Burundais eux-mêmes de résoudre leurs propres problèmes, même si ceux-ci ont des implications sur notre propre sécurité. La même chose pour la RD Congo. Mon rôle en tant que Président de l’UA est de poursuivre les efforts pour aider à résoudre ces crises, et non pour agir au nom des personnes directement concernées.

Pensez-vous, comme beaucoup d’observateurs, que l’accord d’Arusha sur le Burundi est arrivé à une impasse ?

Peut être. Je ne sais pas.

Quoi qu’il en soit, le partage du pouvoir basé sur des quotas ethniques n’a jamais été une option pour vous …

Comme tout le monde le sait, ce n’était pas le choix que les Rwandais ont fait pour eux-mêmes.

Y a-t-il une initiative tripartite France-Angola-Rwanda concernant la RD Congo ?

Si une initiative existe, elle n’implique pas seulement ces trois pays. La région, l’Afrique, mais aussi les Etats-Unis, l’Europe, la Chine, la Russie sont tous concernés par ce qui se passe en RD Congo. La stabilité de ce pays concerne ses voisins, les voisins de ses voisins et leurs partenaires extérieurs. À cet égard, la situation congolaise a des répercussions sur l’Angola et le Rwanda, en tant que voisins, et la France en tant que partenaire ayant des intérêts économiques dans la région de l’Afrique centrale. Mais parler d’un «axe hostile» composé de ces trois pays renvoie à la fiction ou à un prétexte pour détourner l’attention des vrais problèmes.

Le Président angolais João Lourenço a été clair : les élections présidentielles doivent avoir lieu le 23 décembre, sans Joseph Kabila. Diriez-vous la même chose ?

Mais c’est ce que les Congolais eux-mêmes ont accepté ! Ni le Président Lourenço ni moi-même ne sommes parties prenantes à l’accord politique de Saint-Sylvestre. Tout ce que nous voulons, en tant que voisins concernés qui pourraient potentiellement être affectés, c’est que cet accord conclu entre Congolais soit respecté par ses signataires.

Les officiels à Kinshasa sont très particuliers quand il s’agit de leur souveraineté. N’est-ce pas une attitude que vous comprendriez?

Absolument. Mais ces mêmes responsables devraient également veiller à ce que les problèmes auxquels leur pays est confronté ne nuisent pas à la souveraineté de leurs voisins. Si la République Démocratique du Congo implose, le Rwanda risque d’être massivement affecté.

Récemment, fin avril à Kigali, le leader de l’opposition Moïse Katumbi a publiquement défié Joseph Kabila. Était-ce le bon endroit pour faire ces déclarations ?

Si vous voulez dire qu’il aurait mieux valu que Moïse Katumbi fasse ces remarques dans son pays, je suis d’accord. Mais suis-je responsable du fait qu’il n’est pas retourné dans son pays ? Est-ce que Kigali est le seul endroit où il s’est exprimé de cette façon ? Les problèmes de Katumbi ne concernent que lui, le Congo et le Président congolais. Pour le reste, il n’était pas ici sur invitation du Gouvernement du Rwanda mais en tant qu’invité officiel de la Fondation Mo Ibrahim, qui a organisé la remise du prix à Kigali. L’accord entre cette fondation et les pays hôtes de la cérémonie stipule que ce dernier a le droit d’inviter qui il veut. Pour quelle raison interdirions-nous à Katumbi d’entrer au Rwanda ? Katumbi pourrait être persona non grata dans son pays mais, autant que je sache, ce n’est pas le cas au Rwanda ou ailleurs. Il voyage autour du monde, et c’est seulement quand il vient au Rwanda que cela devient un problème.

En Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa a succédé à Jacob Zuma avec qui vous n’aviez pas de bonnes relations. Est-ce une bonne nouvelle pour le Rwanda?

C’est une bonne nouvelle pour l’Afrique du Sud avant tout. Mais aussi pour le Rwanda, à la lumière du contexte que vous venez de le décrire.

L’ancien Général Kayumba Nyamwasa, qui est l’un des principaux opposants, est un réfugié dans ce pays, où il mène ses activités politiques. Avez-vous l’intention de discuter de ce cas avec le Président Ramaphosa?

Nous verrons. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée qu’un Etat puisse héberger un fugitif et lui permettre d’essayer de déstabiliser son pays d’origine. Par conséquent, nous continuerons à faire savoir au Gouvernement Sud-africain qu’il doit s’occuper de cette affaire, sans pour autant que ce soit une condition préalable à notre relation avec eux pour aller de l’avant.

Il y a eu beaucoup de reportages dans les médias au sujet d’un possible accord secret entre le Rwanda et l’Ouganda, d’une part, et Israël, d’autre part, pour une réinstallation payée dans votre pays de migrants africains dont Israël voulait se débarrasser avant que la Cour Suprême ait forcé le Gouvernement de Benjamin Netanyahu à l’arrêter. Quel est votre avis sur cette affaire ?

C’est simple et clair. D’une part, nos relations avec Israël sont excellentes, de l’autre, le Rwanda a été le premier pays à décider d’accorder un visa à l’arrivée à tous les ressortissants africains. Dans ce contexte, la discussion que nous avons eu avec les responsables israéliens était la suivante: s’ils voulaient, pour des raisons qui les concernent uniquement, expulser les migrants africains, le Rwanda avait l’intention d’en accueillir quelques-uns au lieu de les voir se noyer en Méditerranée, être vendus comme des esclaves en Libye ou abandonnés dans le désert du Sinaï. Ces migrants pouvaient rester temporairement au Rwanda, trouver un autre pays d’accueil, retourner dans leur pays d’origine ou s’y installer définitivement. Tout ce processus devait se dérouler dans le strict respect du Droit International Humanitaire et Israël n’avait jamais eu d’autre condition financière que le coût normal du transport et de la mise en place de l’infrastructure nécessaire pour accueillir ces réfugiés. La controverse qui a eu lieu était purement interne en Israël, entre ceux qui soutenaient l’expulsion et ceux qui s’y sont opposé avec succès. Nous n’étions absolument pas impliqués dans cela. Imaginer que le Rwanda ait essayé de faire de l’argent sur la misère humaine est un non-sens et une insulte.

Êtes-vous d’accord avec le transfert à Jérusalem de l’Ambassade américaine en Israël ?

Je n’ai pas à être d’accord ou en désaccord. Ce n’est ni mon affaire ni celle du Rwanda.

Le Président Donald Trump a produit des tweets offensifs sur les Africains qui ont énervé beaucoup d’entre eux. Partagez-vous leur indignation ?

Encore une fois, je n’ai aucune opinion à partager. L’Afrique et le Rwanda doivent gérer leurs propres affaires en fonction de leurs intérêts, sans s’inquiéter de ces commentaires. Nous avons toujours tendance à nous préoccuper de ce qui se dit à l’extérieur au lieu de rester fidèles à ce que nous sommes. Pendant longtemps, les Rwandais ont été l’objet de nombreuses offenses. Ce n’est pas dans le pouvoir des Africains de les arrêter. Il est cependant en leur pouvoir de ne pas les mériter.

Lors d’un symposium aux Etats-Unis en mars, vous avez répondu à Ian Bremmer, politologue, qui vous interviewait : « Le moins les autres parties du monde font attention à l’Afrique, le mieux c’est pour l’Afrique ». Que vouliez-vous dire ?

Moins le monde se soucie de nous, plus nous devenons capables de prendre soin de nous. Nous devons comprendre que le temps pour la garde d’enfants est terminé et que nous ne nous développerons jamais tant que nous sentons que nous avons un besoin sans fin de baby-sitters européens, américains, asiatiques ou autres. Surtout, parce que ce baby-sitting implique toujours une forme enracinée du paternalisme. Chaque fois que j’entends certains de vos collègues journalistes présenter leurs jugements et conseils avec une autorité inversement proportionnelle à leur expertise, je me pose des questions.

Quand vous répétez que vous n’aviez pas l’intention de modifier la constitution pour un autre mandat en 2017, mais que c’était la volonté du peuple, réalisez-vous combien il est difficile d’y croire ?

Sans aucun doute. Mais cela ne me dérange pas, car la vérité est difficile à cacher. Si les Rwandais n’avaient pas voulu que je reste pour un autre mandat, alors ce qui arrive à ceux qui abusent de leurs pouvoirs, ont une mauvaise gouvernance et un mauvais bilan puis persistent à rester au pouvoir malgré toutes ces choses, m’aurait été aussi arrivé. L’instabilité, la violence, le renversement. Je sais très bien que certains ont blâmé la communauté internationale pour avoir fait pression sur les présidents Kabila et Nkurunziza et pas sur moi. Mais y a-t-il instabilité au Rwanda et stabilité au Burundi et au Congo ? Poser cette question, c’est y répondre. En fin de compte, au Rwanda, tout comme au Congo ou au Burundi, seuls les peuples peuvent décider de l’avenir qu’ils veulent pour leur pays. Les Rwandais ont opté pour la continuité, et n’importe qui peut témoigner de la paix dont nous jouissons ici. Donnez-moi un exemple d’un pays où le leader s’accroche au pouvoir contre la volonté du peuple et qui, malgré tout cela, reste stable. Je ne peux en nommer aucun.

La constitution vous permet de briguer deux autres mandats de cinq ans à la fin de celui-ci, qui se termine en 2024. Quand le temps de votre successeur viendra-t-il ?

Quand ces mêmes Rwandais qui m’ont demandé de continuer diront que les problèmes qu’ils m’ont demandé d’aborder ont été résolus, à savoir : la sécurité, la santé, la pauvreté, la croissance économique, etc. Ce sont les facteurs déterminants et non la limite de durée décidée arbitrairement et dans la plupart des cas de l’extérieur.

Vous nous avez dit, il y a un an : « Ce terme sera probablement mon dernier. » Diriez-vous la même chose aujourd’hui ?

Oui. Mais permettez-moi de clarifier ceci : je ne me suis jamais imaginé être le Président de ce pays. Si cela avait été mon intention, je serais devenu Président en 1994, lorsque nous avons écrasé le gouvernement génocidaire. Qui aurait pu m’arrêter à l’époque ? le FPR ? Pasteur Bizimungu ? Personne. Les circonstances et les Rwandais sont ceux qui m’ont mis dans cette position six ans plus tard. Les circonstances et les Rwandais sont les raisons pour lesquelles j’ai été élu et réélu. En 2017, les gens ne m’ont pas donné un terme sans fin, ils voulaient juste avoir plus de temps, un temps pour la transition. Pourquoi serait-ce si difficile à croire ?

Au cours des deux dernières décennies, la critique contre vous n’a pas changé : vous étouffez tous les débats politiques et la liberté d’expression, que le pays est un état policier, que vous et votre parti avez tout le pouvoir … N’êtes-vous pas dérangé par cette répétition ?

J’ai appris à vivre avec ce genre de critique, tout comme mon successeur et le successeur de mon successeur devront aussi vivre avec.

Je ne sens plus que j’ai besoin de convaincre ceux qui répètent ceci, qu’ils ont tort ou qu’ils trompent les gens, ce serait une perte de temps. Ce qui compte, c’est que nous sommes totalement convaincus que nous faisons ce qu’il faut, que nous avons le droit de le faire et que nous sommes satisfaits des résultats. Ils sont libres de penser que le Rwanda n’est pas un pays normal, et peut-être que ce n’est pas le cas et que c’était mieux pendant le régime d’Habyarimana et avant. Chacun est libre de choisir son chemin. Quant à nous, nous ne nous détournerons pas de celui que nous avons choisi.

Il y a trois mois, votre gouvernement a fermé un millier d’églises du réveil et une centaine de mosquées à travers le Rwanda. Avez-vous déclaré la guerre à la religion ?

Certainement pas. Le problème est le suivant : D’abord, le nombre. Même si à Kigali seulement, 700 lieux de culte ont été fermés, il y en a encore des dizaines d’autres ouverts. C’est évidemment trop. La liberté de culte ne devrait pas conduire à un tel excès. De plus, les résidents se plaignaient constamment de la pollution sonore provenant de ces églises jour et nuit ainsi que de la question de la sécurité des résidents causée par les églises qui ne respectaient pas les normes. Enfin, de nombreux cas d’extorsion de fonds, de racket, de crises familiales provoquées par des activités de pasteurs extorqueurs. Il était nécessaire de mettre de l’ordre dans cette prolifération d’églises et de maintenir des règles régissant leur établissement et leur fonctionnement. C’est ce que nous avons fait.

Pourquoi Faustin Twagiramungu, l’ancien Premier Ministre et maintenant opposant, qui vit en Belgique, se voit-il toujours refuser un passeport rwandais ? Il n’est pas un ancien génocidaire, et vous avez toujours déclaré que tous les Rwandais pouvaient retourner dans leur pays.

C’est vrai. Mais quelle est exactement votre question ? Monsieur Twagiramungu a besoin d’un passeport pour vivre où ? En Belgique, où il est un citoyen et est évidemment à l’aise ? Dans ce cas, il n’a pas besoin d’un passeport rwandais pour venir ici : un visa lui sera accordé à son arrivée. Vivre au Rwanda ? Dans ce cas, il recevra son passeport à Kigali. C’est aussi simple que ça.

Une question personnelle : j’ai entendu que vous avez fait un test ADN. C’était pour quoi?

C’était censé être confidentiel, mais bon, je vais vous le dire : c’était une simple curiosité scientifique, rien de plus.

Qu’est-ce qui en est sorti ?

Un mélange génétique complexe : africain, européen, asiatique, tutsi, hutu …

Intéressant, pour quelqu’un qui est parfois dépeint comme l’archétype du « pouvoir Tutsi »

Ce qui montre juste comment ces caprices de racisme ne peuvent pas résister à un test ADN. Je suis un être humain qui traite les autres comme des êtres humains, peu importe que certains croient en la création des humains et d’autres dans leur évolution. Ca c’est qui je suis.

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